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Les scribes et notateurs face aux usages des lecteurs et des chantres

Ponctuation et notation dans les lectionnaires liturgiques
Descriptif
Généalogie de Matthieu dans un évangéliaire carolingien pourvu de neumes anglo ou franco-saxons au Xe - XIe s. Amiens, BM ms. 172, f. 2

Organisateur(s) IRHT: 

Une journée d’étude thématique organisée par J.-F. Goudesenne (section de musicologie) et Céline Grassien, le mercredi 11 mai 2016 autour des Scribes et notateurs face aux usages des lecteurs et chantres à l'IRHT (Paris) en présence de Denise Jourdan-Hemmerdinger (IRHT-CNRS), Père Elie Kesrouani (Université de Kaslik, Liban) et Nouri Iskandar (Alep).

Ponctuation et notation dans les lectionnaires liturgiques

Les signes de ponctuation ont toujours intéressé les musicologues, à cause des graphies communes qu’ils partagent avec les plus anciens neumes, émergeant dans les manuscrits liturgiques latins dans le cours des ixe-xe siècles, également dans le domaine liturgique byzantin. L’emprunt des signes les plus simples comme le point (.) de la virga ou oxeia (/), de l’accent grave, gravis ou bareia (\), mais encore d’autres signes plus spécifiques comme le quilisma et le trigon (...), apparenté au kentemata, qui marquent l’interrogation, ont longtemps avantagé des hypothèses favorables aux origines communes entre notation et ponctuation. Cette dernière peut être envisagée, bien avant d’être fixée par l’écriture, comme un moyen de codifier la cantillation la récitation d’un psaume, d’une péricope évangélique ou d’une lecture biblique. La pratique de l’ekphonèse vient rappeler au philologue la part d’oralité dans la nature des textes que nous étudions aujourd’hui sous un angle essentiellement écrit, alors qu’ils étaient toujours proclamés à haute voix par les lecteurs, diacres ou chantres dans la liturgie.   

Si la ponctuation des grammairiens semble donc jouer un rôle non négligeable dans l’origine des neumes, aux côtés des hypothèses controversées de la chironomie (gestes des mains dans l’exécution des chants), elle ne correspond pas toujours, sur le plan terminologique comme sur celui des usages, aux pratiques des chantres, puis aux réflexions des théoriciens de la musique. 

L’objectif de cette journée d’études n’est pas de revisiter l’historiographie de l’origine des neumes (Depuis Wagner, Thibaut, Corbin jusqu’aux dernières rééditions de Floros, en passant par Treitler…), mais d’examiner le corpus relativement homogène des lectures cantillées des évangiles, de façon comparée entre les domaines latins et grecs. Si d’autres domaines, notamment le syriaque, sont évoqués sous l’angle des traditions orales maintenues jusqu’à nos jours, nous nous concentrerons sur les lectures chantées des grandes fêtes de Noël, de l’épiphanie (Généalogies dans les prologues de Matthieu et Luc), et sur quelques lectures complémentaires (Mt 28, Jn 6, etc.).

Les sources explorées abordent les papyrus du vie au viiie s., un recueil de péricopes constantinopolitain de la fin du viiie s. (Vaticanus, grec 2144), un évangéliaire de Saint-Denis (BnF lat. 9387) regroupant textes grecs et latins avec des compléments apportés au xive siècle, un ensemble conséquent d’évangéliaires et lectionnaires latins des ixe-xiiie siècles.

La prise en compte du contexte d’oralité de ces corpus, qui par le concours de chantres hellénistes et latinistes donneront lieu à des restitutions cantillées, jusqu’à l’écoute de traditions syriaques contemporaines, comme l’approche comparative des domaines linguistiques et culturels complémentaires, permettra d’engager quelques avancées sur :

  • la question de la prosodie des textes liturgiques scripturaires et leur transmission au Moyen Âge,
  • la complexité des relations entre les notations ekphonétiques et les neumes
  • réévaluer la part des nouveautés d’invention des chantres carolingiens, comme du maintien des pratiques prosodiques communes avec les traditions antiques des sophistes.    
  • décloisonner la part d’oralité dans l’écriture des lectures en comparaison avec les autres répertoires de chant, au travers des pratiques cantorales.

Programme

  • Anastasios Zographos, « Réalités orales et musicales des lectures liturgiques : modes de lecture et systèmes de ponctuation »
  • Céline Grassien, « Ponctuation et notation dans les témoins papyrologiques hymnniques, vie-viiie s. »
  • Alan Gampel, « Les différents systèmes de notations prosodique, ekphonétique et neumatique, dans les lectures bibliques, ive-viiie s. » 
  • Denise Jourdan-Hemmerdinger (IRHT, s. musicologie), « Les formules ekphonétiques archaïques de l’évangéliaire constantinopolitain Vaticanus gr. 2144, début du ixe s. »
  • Elias Kesrouani (Univ. Beyrouth), « les lectures cantillées dans les traditions syriaques orthodoxes, catholiques et chaldéennes (fin  xxe s.) 

En présence de Nouri Iskandar (Alep), venu pour une réunion d’expertise pour la sauvegarde du patrimoine Syrien à l’unesco.

  • Jean-François Goudesenne, « La cantillation des Généalogies de Noël et sa transmission du xe s. au Moyen Âge central »
  • Dominique Gatté, « Ponctuation, neumes et lettres significatives dans quelques évangéliaires carolingiens »
  • Céline Grassien et Anastasios Zographos, « Des papyrus aux lectionnaires : autour des évangiles grecs de Saint-Denis (BnF lat. 9387, fin viiie s. et xive s.) »

Communications illustrées par Frédéric Tavernier-Vellas (traditions byzantines) et Damien Poisblaud (traditions latines) :

  • Généalogies (Matthieu et Luc), rite romano-franc (Soissons-Paris, Worcester, Narbonne, Fontevraud, etc.)
  • Évangile de Pâques, rite romano-bénéventain (Kotor, xiie s.)
  • Prologue de Jean, rite byzantin et romano-hispanique

Pratique : Accueil des participants, mercredi 11 mai 8 h 30

Communications de 9 h à 13 h et de 14 h 30 à 18 h 30, table-ronde vers 17 h

Renseignements : musicologie@cnrs-orleans.fr

Informations pratiques

Type d'événement: 

Journée d'étude

Conditions d'accès: 

Libre

Date de début et fin: 

11/05/2016

Dates des séances: 

11/05/2016 - 09:30

Autre(s) lieu(x): 

Institut de recherche et d’histoire des textes

Centre Félix-Grat

40 av. d’Iéna, 75016 Paris