Appel à contribution – Femmes et concubines de prêtres en Occident (800-1200)

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Prêtre et femme
Corps

Le colloque qui se tiendra à Stanford University (California, USA) les 27-28 octobre 2022, a pour ambition de s'intéresser aux femmes mariées ou vivant avec un prêtre au Moyen Âge central, et de donner à cette catégorie d’actrices une place dans les travaux portant sur l'Église, le genre, la spiritualité et la vie familiale en Occident. L’objectif visé à terme est de proposer une histoire des épouses et concubines de prêtres du début du IXe à la fin du XIIe siècle, autrement dit de la renovatio carolingienne à la réforme grégorienne, période de transition décisive. Au-delà, le célibat est définitivement établi comme une exigence incontournable pour les prêtres (même si la continence cléricale ne fut jamais absolue).

Les règles relatives au célibat ecclésiastique édictées du IXe au XIIe siècle ont fait l’objet d’une attention considérable au sein de l’historiographie, de même que le clergé célibataire qui en aurait résulté. La recherche s’est par exemple penchée, au cours des dernières décennies, sur les effets induits par l'abstinence sur la masculinité sacerdotale, ou a remis en question l'efficacité de la législation sur le célibat, en attirant l'attention sur la persistance du concubinage clérical à la fin du Moyen Âge. Malgré des approches différentes, la plupart des chercheurs se sont toutefois focalisés sur la figure du prêtre, ignorant largement leurs épouses ou compagnes. Les implications du célibat ou du concubinage pour ces femmes - à commencer par le glissement lexical et social dégradant de “femme” à “concubine” - sont très rarement discutées, alors même qu’elles sont profondes, ne serait-ce que du point de vue de leur place au sein de l'Église occidentale. De même, bien que l'attention portée à l'histoire des femmes et du genre depuis les années 1980 ait considérablement accru notre connaissance de la vie et du rôle social de plusieurs catégories de femmes - reines et comtesses, religieuses, pèlerines, propriétaires terriennes, écrivaines, artistes, etc. - les femmes de prêtres, d’évêques, voire de papes restent méconnues. Le triomphe du célibat ecclésiastique sur le plan normatif, et l’a priori sous-jacent de son succès dans la plupart des études, a fait que les partenaires féminines des prêtres médiévaux restent des figures obscures et même illicites dans l'historiographie, en particulier l’historiographie de la réforme.

Après une première rencontre tenue à Poitiers en mai 2022, le colloque de Stanford aura pour ambition d’explorer la vie et la condition sociale de ces femmes, les sources susceptibles de révéler ou d’éclairer leur statut ou leurs expériences, ainsi que les différents rôles - sociaux et culturels - qu'elles ont joués au sein de leur famille, des communautés locales et de l'Église en général.

Seront donc bienvenues des propositions de communication portant sur un large éventail de sujets, parmi lesquels:

  • les différents rôles exercés par les femmes de prêtres (mécénat pour la construction de bâtiments ecclésiastiques, commande, possession et donation de livres, fabrication de vêtements liturgiques, célébration à l'autel, …)
  • leur importance au sein des communautés et de la société médiévales ; leur influence sur la spiritualité et la vie religieuse ; leur littéracie et leur rôle culturel
  • les effets concrets, pour les femmes, de la législation relative au célibat ecclésiastique (évolution de leur statut matrimonial ; expulsion des épouses de clercs de leur maison, de l’enclos cathédral voire de la cité) et leurs réactions (résistance, violences, …)
  • l'éventuel décalage entre statut légal et statut social des femmes de clercs
  • la dissimulation ou l'effacement des épouses de prêtres dans les documents écrits

Les sessions comprendront généralement deux communications de vingt minutes, suivies d'une réponse et d'une discussion. Les propositions de tables rondes ou de thématiques spécifiques, ou de courtes présentations de sources sont également les bienvenues. Nous encourageons particulièrement les propositions émanant de doctorants et jeunes chercheurs, ainsi que de chercheurs ne bénéficiant pas d’une position académique. N'hésitez pas à nous faire part de vos réflexions ou questions : notre objectif est également de rencontrer et de mettre en contact les universitaires travaillant sur ces thématiques ou s'y intéressant.

Organisatrices : Fiona Griffiths (Stanford University) et Émilie Kurdziel (Université de Poitiers/CESCM)

Les propositions de communication comprendront un résumé (300 mots maximum) et un curriculum vitae, à soumettre par courriel conjointement (en pièces jointes .pdf ou MS word) à fgriffit@stanford.edu et emilie.kurdziel@univ-poitiers.fr avant le 31 mai 2022.

Date de fin