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Langue

Axe 3 : Écrits et images en société

Un traité entre le roi Clotaire II et les Lombards. Grandes Chroniques de France. XVe s. Toulouse, BM., ms 512, f. 55v

L’écrit est un marqueur social. Même s’il se prête à la pratique privée, il est fondamentalement lié aux institutions, que ce soit l’État (empire, califat, royaume, sultanat…), la seigneurie ou l’émirat, la cité ou les communautés religieuses de toutes sortes. Par son abondance, sa raréfaction, sa renaissance, il signale le degré d’institutionnalisation d’une société, ses lieux de concentration de pouvoir et le périmètre de leur action. Au sein d’une société donnée, l’écrit est critère essentiel de distinction entre lettrés et illettrés. Dans les aires culturelles qui regardent l’IRHT, la part des lisants-écrivants a varié selon les époques et les lieux. Mais aux périodes où l’écrit s’est raréfié, son prestige est demeuré intact et peut-être s’est-il même renforcé d’être devenu privilège d’une minorité, se teintant d’une sacralité supplémentaire.

Entre autres parce que les aires culturelles considérées ont principalement connu les religions du Livre, l’écrit est en effet porteur de sacralité. Il est la fabrique de l’idéologie et le vecteur de sa diffusion. Il est garant d’autorité, légitimant les savoirs qu’il secrète et transmet. S’il se fait « littérature », celle-ci n’est cependant ni expression de l’art pour l’art, ni pur divertissement. Comme l’art antique, médiéval ou renaissant, l’écrit fonde sa beauté sur son efficience, sacrée, politique, sociale. Par son discours comme par les figures qui l’accompagnent, l’écrit influe puissamment sur les représentations, y compris pour ceux qui n’ont pas accès à la lecture. Si l’écrit, en terre d’islam, est support de l’oralité, dans l’aire chrétienne, il prétend dicter sa forme au monde. Il est miroir du monde, pour peu qu’on se souvienne que, dans la mystique médiévale, le miroir n’est pas un reflet, mais la source de la lumière. Ce que nous appelons les « actes de la pratique » n’échappent pas à cette loi. Ils ne se contentent pas de livrer, comme par effraction, des instantanés de la réalité. Ils entendent la modeler par la loi, le droit, la norme. Ces écrits trompeusement appelés « documentaires » ont aussi pour ambition de modeler le monde à leur image, imposant une décision de justice, une conciliation, replaçant une transaction particulière dans de plus vastes courants d’échange, y compris spirituels.

Nous suivrons cette thématique en détaillant les programmes de l’IRHT où les textes sont principalement considérés pour les savoirs qu’ils contiennent et les messages qu’ils délivrent. Puis nous présenterons les entreprises liées aux sources figurées des manuscrits, dans leur dialogue intime avec les textes. Nous nous arrêterons sur l’écrit régulateur, quand normes et pratiques sont couchées par écrit. Enfin, nous ferons une place brève mais spécifique aux institutions religieuses, en ce qu’elles offrent le modèle de « communautés textuelles » où l’Écriture et les écrits qui s’en réclament prétendent avoir une emprise totale sur la vie.

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