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On présente souvent les bibliothèques anciennes comme des conservatoires de livres, que l’on pourrait se contenter d’appréhender de l’extérieur, sous un angle surtout codicologique et presque instrumental. C’est se méprendre sur la fonction de la bibliothèque telle que l’a définie Cassiodore dans les Institutiones (seconde moitié du vie siècle), texte programmatique qui fonde le modèle intellectuel de la bibliothèque médiévale, lieu de transmission et de production des textes, deux opérations indissociables. La bibliothèque antique et médiévale n’est pas avant tout un lieu de conservation : elle est d’abord, comme le sont aujourd’hui les bibliothèques les plus vivantes, le résultat de l’activité intellectuelle d’une ou plusieurs personnes qui, pour les besoins de leur recherche spirituelle ou de leurs travaux savants, ont copié, annoté, produit des livres, et veillé à la transmission des idées par les textes. D’abord fruit de l’activité d’un ou plusieurs individus, ce n’est que secondairement que la bibliothèque se fait institution, se structure et devient un instrument de travail plus impersonnel, au service de nouvelles recherches qui modifieront à leur tour sa physionomie première.
Cet individu ou ce groupe d’individus peut être un chasseur de textes du ixe siècle comme un groupe d’amis du xvie, il peut être aussi ce que l’on appelle une école : groupe informel qu’unit l’usage des mêmes sources, une même méthode d’exégèse, une même vision du monde (etc.), ou série de maîtres ayant formé les esprits pendant plusieurs générations en un lieu donné, dans le cadre d’une institution précise. Ces groupes lisent et produisent des textes qui viennent enrichir les bibliothèques et leur donner une coloration propre, de sorte que l’école (dans toutes les acceptions du terme) et la bibliothèque sont, ensemble, des laboratoires du texte qu’il faut étudier comme tels.