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Fac-similé et livre d’étude d’un exemplaire des Vaticinia de summis pontificibus (Bologne, Biblioteca comunale dell’Archiginnasio, A.2848) J.-B. Lebigue, H. Millet,
C. Rabel et P. Stirnemann (étude) ; A. Manfron (préf.) ;
M. Narbona Carceles (trad.)
La fabrication du fac-similé d’un exemplaire des Vaticinia de summis pontificibus (Bologne,
Biblioteca comunale dell’Archiginnasio, A.2848) par la maison d’édition
madrilène Ayn Ediciones et la Bibliothèque de l’Archiginnasio a été
l’occasion pour Hélène Millet (LAMOP-Université Paris I), spécialiste
de cet opuscule prophétique sur les papes, de s’associer avec trois
membres de la Section des sources iconographiques
de l’IRHT (Jean-Baptiste Lebigue, Claudia Rabel et Patricia Stirnemann)
afin d’en rédiger le volume de commentaire. Celui-ci fut traduit en
espagnol par l’historienne médiéviste María Narbona Cárceles
(Université de Saragosse), et préfacé par Anna Manfron, directrice du
département des manuscrits et livres rares de la Bibliothèque de
l’Archiginnasio de Bologne.
Ce manuscrit n’a longtemps attiré l’attention de rares spécialistes
que par la beauté des deux figures de Sibylles qui lui servent
d’ouverture. Il revenait à la présente étude de mettre en lumière sa
place dans la nébuleuse grouillante des Vaticinia. Tout
exemplaire de cette collection prophétique à succès, dont l’histoire
est si prodigue en rebondissements, est susceptible de fournir, pour
peu qu’on l’interroge, son lot de révélations. La moisson fut plus
riche qu’on ne pouvait s’y attendre pour ce manuscrit qui semblait ne
se distinguer du reste du corpus ni par sa valeur artistique,
ni par sa place dans la tradition. En grande partie, les découvertes
engrangées au fil de cette étude sont autant de profits tirés des
recherches antérieures, en particulier des travaux d’Hélène Millet et
de Dominique Rigaux : la confrontation systématique, qu’il s’agisse
d’iconographie ou de critique stylistique, avec le reste de la
tradition des Vaticinia n’aurait pas été possible autrement.
C’est elle qui a permis de situer l’exemplaire de Bologne dans le petit
groupe de témoins du groupe Regina issus de l’activité du
concile de Bâle (1431-1439). C’est à elle qu’on doit de pouvoir
confirmer par de nouveaux indices la répartition des exemplaires en
trois familles, l’implication historique propre à chacune d’elles, et
la vogue successive des trois modèles Este et Arundel, puis Regina, et, à nouveau, Este.
C’est elle enfin qui a servi de fondement au commentaire planche à
planche du manuscrit, où jamais la comparaison entre les divers
exemplaires subsistants n’a été menée aussi loin.
Il ne faudrait pas sous-estimer pour autant les mérites spécifiques
du livret de Bologne. Une fois résolue l’énigme que constituait le
désordre de ses planches à la suite d’un remontage fautif, sa
personnalité propre a pu apparaître à nouveau. Pour ne revenir que sur
sa caractéristique la plus évidente, l’adjonction des Sibylles donne à
l’ensemble du manuscrit une portée universelle, comme si le volume
était désormais scandé par l’annonce de la Bête apocalyptique : la bestia mentionnée dans l’oracle de la Sibylle persique, la fera ultima de
la quinzième planche et la Bête polymorphe de la dernière prophétie.
Volontaire ou non, cette orientation particulière donnée au livret de
Bologne le hisse au-dessus de la mêlée des Vaticinia, au-delà des tribulations pontificales du xve
siècle : replacé dans la perspective des fins dernières, notre
manuscrit lâche les amarres des seules contingences historiques.
Vaisseau ainsi gréé pour mettre le cap sur les ultimes révélations de
l’avenir, il porte dans ses flancs l’attente universelle qui survit aux
siècles. Équivoque, impénétrable, conçu pour servir de tremplin aux
interprétations les plus débridées, il offre un champ infini de
spéculations à l’imagination des lecteurs de tous les temps et
échappera toujours à l’exégèse, si ingénieuse et inventive soit-elle,
des seuls historiens.
La bête apocalyptique : le début du grand Schisme Texte : « Hec est fera ultima, aspectu terribilis, que detrahet stellas. Tunc figient [sic] aves, et rettilia tantummodo remanebunt. Fera crudelis, universa consumens, infernus te expectat. Terribilis est