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Le Livre de Jean de Mandeville est le plus souvent connu sous le titre de Voyages,
mais quelques-uns des plus anciens manuscrits parlent d’une Geste ou
d’un Roman sur les merveilles du monde, titres qui conviennent mieux au
contenu de l’œuvre.
On est en effet en présence d’une
description de la terre, d’une « géographie », une des premières,
puisqu’elle date de 1356, qui tente une synthèse entre le savoir hérité
des auctoritates anciennes et les nouveaux savoirs dus aux voyageurs en Asie à partir du xiiie s. Géographie à la fois réelle et fabuleuse, n’oubliant ni l’histoire
ni la légende, traitée selon une savante composition qui conduit le
lecteur du « par-deçà » familier au « par-delà » découvert ou à
découvrir. Car ce livre lance un pressant appel à « se mettre en mer »
pour oser faire le tour d’un monde « rond » où l’on trouvera partout
« terres, pays et îles ».
L’édition critique de la
version insulaire présentée ici est faite à partir des 25 manuscrits
connus à ce jour. L’examen des variantes semble montrer que c’est bien
le texte en anglo-normand qui est premier, antérieur au texte
continental. Il est un témoin intéressant de l’usage du « faux franceis
d’Angleterre » à l’heure où celui-ci allait être supplanté par les
premiers ouvrages en anglais. On a choisi de donner la transcription
d’un manuscrit ayant appartenu à John Dee avec les notes marginales,
qui sont en partie de sa main. On pourra apprécier ainsi une des
lectures d’un texte dont les quelque 250 manuscrits conservés, dans les
diverses langues parlées au xVe s. en Europe, disent tout l’intérêt qu’il a suscité.