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Les premières années de l’Institut de recherche et d’histoire des textes

Félix Grat (1898-1940), fondateur de l’IRHT

L’idée qui est à l’origine de la fondation de l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT) a été d’abord celle d’un homme, l’historien Félix Grat, archiviste paléographe et ancien membre de l’École française de Rome, qui devenu député, sut en 1937, plus de deux ans avant la création du CNRS, convaincre Jean Perrin, Prix Nobel de physique, alors sous-secrétaire d’État à la recherche scientifique dans le ministère Blum, de l’importance d’un projet qui ne visait pas moins qu’à assurer la conservation de la mémoire écrite de la pensée humaine : c’était la première fondation d’un laboratoire dans un autre domaine que celui des sciences exactes.

Certes, il s’agissait d’abord, dans l’esprit de ce latiniste, de s’occuper en priorité de la transmission des œuvres ayant vu le jour à l’époque où le livre était manuscrit et en particulier des grands écrivains de la Rome antique. Mais dès le début, il trace pour son institut un programme ambitieux, avec son projet de création d’une section arabe (vœu qui lui tenait particulièrement à cœur pour des motifs autant scientifiques que politiques), grecque, française, celtique etc. Lui-même à l’affût de tous les progrès accomplis par la photographie, il veut réaliser pour toutes sortes de langues une grande bibliothèque rassemblant les photos de tous les livres manuscrits dispersés à travers le monde, afin de les mettre à la disposition des chercheurs et d’accélérer la recherche.

Avec l’aide de Jeanne Vielliard, major de la promotion 1924 de l’École des chartes, Félix Grat ouvre le nouvel institut, installé d’abord à la Bibliothèque nationale, et envoie ses collaboratrices photographier les manuscrits aux quatre coins de l’Europe. Mais la guerre menace, puis éclate. Patriote, il s’engage dans un corps franc, tandis que l’IRHT se replie à Laval. Il est l’un des premiers officiers à tomber à la tête de ses troupes au tout début de l’offensive allemande. Jeanne Vielliard prend la direction de l’IRHT : les sections spécialisées seront fondées l’une après l’autre, au-delà même du programme de Félix Grat.

Fin 1940 l’IRHT s’installe aux Archives nationales, puis se transplante en 1960 quai Anatole-France, dans l’immeuble construit par le CNRS : vingt années d’engrangement d’une documentation de premier ordre, sur chaque auteur, chaque texte, chaque manuscrit, et dans toutes les disciplines « auxiliaires de l’histoire » de l’écrit, dans un institut en avance sur la recherche de son temps par son organisation, sa spécialisation, sa technicité, son sens de la pluridisciplinarité et qui fait l’admiration des utilisateurs de tous pays. L’effectif, bien encadré par les archivistes paléographes, est en constant accroissement ainsi que les programmes, et déjà se lancent les collections qui vont consolider la renommée internationale de ce laboratoire, qui trouvera, avec Jean Glénisson, le successeur de Jeanne Vielliard, un élan renouvelé.

Louis Holtz, directeur de l’IRHT entre 1986 à 1997.

Ce texte est le résumé de l’article suivant, consultable en ligne :

Louis Holtz, « Les premières années de l’Institut de recherche et d’histoire des textes », Revue pour lhistoire du CNRS, 2, mai 2000, p. 6-23 [En ligne] http://histoire-cnrs.revues.org/document2742.html

À lire également, cet article avec d’autres photos d’archives :

Louis Holtz, « L’IRHT au fil des ans », dans 1937-2007. L’IRHT, avenir d’une tradition, journée d’étude du 25 janvier 2007, Paris, IRHT, 2007 (Ædilis, Actes, 13). [En ligne] http://aedilis.irht.cnrs.fr/irht-avenir-tradition/histoire-holtz.htm

Images extraites de l’article de L. Holtz paru dans la Revue d’histoire du CNRS

École française de Rome, 1925.: De g. à dr., au premier plan : Jeanne Vielliard, Emile Mâle (directeur), Félix Grat ; au second MM. Madaule, Bourdon, Recoura, Boyancé (Coll. privée)École française de Rome, 1925.: De g. à dr., au premier plan : Jeanne Vielliard, Emile Mâle (directeur), Félix Grat ; au second MM. Madaule, Bourdon, Recoura, Boyancé (Coll. privée)

Photo dédicacée offerte par dom Quentin à Félix Grat (Coll. privée): Photo dédicacée offerte par dom Quentin à Félix Grat (Coll. privée) Photo dédicacée offerte par dom Quentin à Félix Grat (Coll. privée)

Félix Grat au patriarchat de Constantinople en mars 1937 (Coll. privée) Félix Grat au patriarchat de Constantinople en mars 1937 (Coll. privée)

Jeanne Vielliard et le personnel de l’IRHT sur le perron de l’Hôtel de Rohan (années 50).: De g. à dr., au premier rang : abbé M. Richard, Georges Vajda, Jeanne Vielliard, Marguerite Pecqueur... au deuxième rang, Edith Brayer entre G. Vajda et J. Vielliard, M. Th. Vernet à demi cachée par M. Pecqueur Jeanne Vielliard et le personnel de l’IRHT sur le perron de l’Hôtel de Rohan (années 50). . De g. à dr., au premier rang : abbé M. Richard, Georges Vajda, Jeanne Vielliard, Marguerite Pecqueur... au deuxième rang, Edith Brayer entre G. Vajda et J. Vielliard, M. Th. Vernet à demi cachée par M. Pecqueur.

Le camion-laboratoire photographique de l'IRHT dans les années 50 (Coll. IRHT) Le camion-laboratoire photographique de l’IRHT dans les années 50 (Coll. IRHT)

Caméra de microfilmage des années 50: Photographie d’un manuscrit avec au premier plan des microfilms sous pochette. Caméra de microfilmage des années 50. Photographie d’un manuscrit avec au premier plan des microfilms sous pochette.

Jeanne Vielliard reçoit la Légion d’Honneur des mains de M. Jamati.: M. Jamati, administrateur qui gérait les destinées de l’IRHT depuis les années héroïques auprès de la Direction du CNRS (© IRHT). Jeanne Vielliard reçoit la Légion d’Honneur des mains de M. Jamati. M. Jamati, administrateur qui gérait les destinées de l’IRHT depuis les années héroïques auprès de la Direction du CNRS (© IRHT).