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Parmi les œuvres d’Hugues de Saint-Victor († 1141),
le traité Sur l’arche de Noé est sans
doute la plus surprenante et, en un sens, la plus féconde. Commentant les trois
versets de la Genèse, où sont décrites la forme, les dimensions et les ouvertures
du navire construit par Noé, notre auteur ne tarde pas à y ajouter des
couleurs, des échelles, des inscriptions, des petits personnages, des motifs
divers, absents du texte biblique, mais aussitôt revêtus de significations
spirituelles. L’arche devient alors un microcosme aux lectures multiples, Église,
grâce et surtout sagesse, dans laquelle il faut entrer pour échapper au déluge,
c’est-à-dire à l’instabilité des choses mondaines. En construisant en soi l’arche
intérieure, par la mémoire et l’imagination, et en naviguant en elle dans ses
trois dimensions, histoire, espace, progrès intérieur, le lecteur est ainsi
convié à s’arracher au morcellement de la science et du désir pour unifier au
contraire tous les savoirs en sagesse.