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Les archives et la bibliothèque du couvent des dominicains de Rodez. Jalons pour une enquête. Paul Bertrand et Christine Gadrat

En matière d’histoire des couvents de mendiants, en France, nul ne peut commencer une étude sans se référer à l’enquête canonique initiée par Jacques Le Goff en 1968. Cette enquête constitue en quelque sorte les premières chaussures de tout historien qui apprend à marcher dans la forêt des ordres mendiants au Moyen Âge. Une fois de plus, nous les avons enfilées. Il ne s’agit pas de revenir encore sur les objectifs de l’enquête ni sur ses résultats, s’agissant des rapports entre les mendiants et l’urbanisation… mais plutôt d’insister sur les prérequis de l’enquête. Et notamment ce point sur la documentation, les sources conservées. 

À ce propos, l’article de G. Lagarde, concernant les archives des mendiants aux Archives nationales de France et paru en 1970, a des accents désabusés : bien peu d’archives médiévales de mendiants nous sont parvenues1. Les autres médiévistes qui s’attaquent au dossier mendiant versent les mêmes larmes, qu’ils soient du Nord ou du Sud, nous n’en citerons que quelques exemples : W. Simons stigmatise les faiblesses archivistiques des couvents mendiants flamands, tandis que N. Gilbert se désespère en cherchant des archives des franciscains ou des clarisses du Roussillon2. Et L. Valls déplore la très faible part de documentation médiévale lorsqu’il passe en revue les richesses archivistiques de la série H des Archives départementales de l’Hérault et qu’il décrit les fonds des couvents franciscains, carmes, dominicains… de Montpellier, de Lunel 3. Il faut le reconnaître : au premier coup d’œil, les mendiants n’ont pas laissé d’amples fonds d’archives médiévales4, comme l’a remarqué dans ses premiers travaux le groupe de recherches sur l’économie des ordres mendiants, mené par Nicole Bériou et Jacques Chiffoleau. Dans ce cadre de grande pauvreté, la découverte de l’ensemble d’archives des dominicains de Rodez est une heureuse surprise. L’histoire de l’invention dit mieux que n’importe quel plaidoyer la raison d’être de l’Institut de recherche et d’histoire des textes : la conjonction des intérêts (nous n’oserions dire : des compétences). C’est lors d’une recherche sur la bibliothèque des dominicains de Rodez et sur le personnage méconnu d’André de Saint-Géry5 que Christine Gadrat (de la section de codicologie de l’IRHT) se penche sur le fonds des dominicains de Rodez, conservé aux Archives départementales de l’Aveyron sous la cote H 11. Aucun inventaire, juste quelques pièces mentionnées au détour d’un mémoire de maîtrise sur le couvent à l’époque moderne et d’une exposition présentée aux Archives départementales6, ayant à peine effleuré le fonds. Ayant l’intuition de la richesse du fonds, elle fait alors appel à Paul Bertrand, de la section de diplomatique du même institut. Une collaboration naît. Nous avons alors tous deux tenté d’appréhender l’ensemble archivistique. La surprise est de taille : près de 300 numéros d’archives. Il s’agit ici de décrire sommairement la situation que nous avons découverte et de baliser les recherches que nous comptons mener dans les prochaines années.

Il se trouve qu’à propos de ce couvent des dominicains de Rodez, on ne sait guère de choses. On peut les résumer en quelques lignes : la fondation du couvent est datée de 1283-1284 ; après l’envoi d’un vicaire en 1283, le couvent est officiellement reçu dans l’ordre l’année suivante au chapitre provincial de Perpignan7. Si le fonds ne conserve pas d’acte de fondation, si tant est qu’il ait pu en exister un, la date est néanmoins confirmée par les premiers actes concernant le couvent (cf. infra). Un chapitre provincial se tient dans ses murs en 13258. Pourvu, dès les premières années du xive siècle, d’un studium artium, il semble que le couvent soit resté relativement modeste, se plaçant dans l’orbite du grand centre dominicain toulousain. Il est réformé en 1637, dans le cadre de la Congrégation de saint Louis et poursuit son existence jusqu’à la Révolution.

La manne historique que représente cet ensemble documentaire ne doit pas cacher les difficultés rencontrées pour son exploitation. L’absence d’inventaire se fait cruellement sentir. Très vite nous nous sommes rendu compte que les archives sont restées dans l’état de leur entrée au dépôt d’archives, après les confiscations révolutionnaires. Mieux encore : le fonds a conservé les traces d’un classement du xviiie siècle. Un inventaire mis en place en 1726, probablement au moment du (re)classement, permet de s’orienter sommairement dans le dédale archivistique9. Les registres sont regroupés en tête du fonds, identifiés par une succession de chiffres romains et arabes – l’armoire et la cote du registre – : ainsi, « armoire I, livre 4 », avec parfois le nom donné au registre s’il est assimilé à un recueil d’actes, ici « cote S. Joseph »10. Viennent ensuite une série de dossiers d’actes, médiévaux et modernes, compilés en des liasses maintenues par des ficelles et de petites étiquettes de parchemin de récupération, identifiant le contenu des ensembles. Une cote du xviiie siècle situe le plus souvent la liasse par un chiffre arabe, au sein d’une armoire, dans un sac désigné par une (ou plusieurs) lettre(s) : « II, sac A, liasse 1 », « composée des titres concernants l’etablissement des RP Precheurs dans Rodez avec des reglements pour les limites des predications et quetes et quelques autres actes concernant les privilèges du convent », ajoute l’étiquette11.

Le chartrier était probablement une des pièces maîtresses de l’ensemble médiéval ruthénien, comme c’était alors l’usage dans tous les couvents. Il est ici éclaté, dispersé dans les centaines de liasses de l’époque moderne qui composent le fonds. Les chartes du xiiie siècle sont peu nombreuses, toutes du dernier tiers (voire dernier quart) du siècle, puisque postérieures à la fondation tardive du couvent : on en comptera entre 20 et 2512. Les chartes du xive siècle sont, elles, en plus grand nombre : entre 80 et 120 originaux. Un cartulaire médiéval, composé d’une partie du xive siècle et d’une partie du xve, contient des copies d’actes authentifiés par des notaires13. Un autre registre commencé en 1402, identifié comme cartulaire parmi les premières pièces du fonds, est en fait un répertoire des revenus réguliers versés au couvent, acte par acte : pour chaque page, un acte est résumé, puis on y indique les noms des débiteurs et les sommes dues14. Un cartulaire de 1445 consigne des copies de testaments15 ; tandis qu’un autre superbe petit cartulaire « de présentation » livre les actes des fondations faites au couvent par les comtes de Rodez, de 1301 à 137816. D’autres cartulaires du xviie et xviiie siècles suivent, contenant des pièces modernes pour la plupart17.

Les quelques ensembles d’actes que l’on peut identifier d’emblée sont très prometteurs : un dossier d’une quinzaine d’actes relatifs aux limites de prédication et de quête du couvent, de 1285 à la fin du xive siècle18 ; une liasse de documents médiévaux et modernes concernant les sépultures au couvent, et ce depuis 1285 également19 ; des ensembles de bulles médiévales et modernes20 ; un dossier sur les acquisitions de biens fonciers à Rodez au xiiie siècle pour y construire les bâtiments conventuels – « l’enclos du couvent »21 ; une liasse de chartes relatives aux fondations de chapellenies aux xiiie et xive siècles22 ; des dossiers sur des amortissements de biens conventuels par des princes et des comtes au xive siècle23 ; des ensembles de documents traitant de revenus obituaires à l’intention des dominicains aux xive et xve siècles ou des liasses de testaments de ces époques, etc.24 À remarquer aussi cet ensemble d’actes de chapitres généraux et provinciaux (de la province de Toulouse) des xve, xvie et xviie siècles25. Deux obituaires du xve siècle, grattés et réutilisés aux xvie et xviie, sont conservés : J.-L. Lemaitre les connaissait déjà26.

On notera quelques registres de recettes ou/et dépenses, à partir de 1451 (mais hélas, aucune série)27. Quelques intéressantes pièces de procédure sont conservées, dont un lourd dossier sur papier concernant un procès opposant le couvent à un laïc à propos d’une rente, entre 1360 environ et 137428.

Ces champs en friche, nous les avons déjà essartés… Il nous faut maintenant les labourer, les rendre aux semailles et, nous l’espérons, en tirer de riches moissons. Le labour, c’est l’inventaire et l’édition. Tous les actes, tous les registres ne pourront faire l’objet d’une édition critique, bien évidemment. Nous éditerons ensemble et en priorité les actes de 1280 à 1350 environ, dans le cadre d’enquêtes monographiques largement ouvertes : la fondation du couvent – dans son contexte consulaire, mais aussi comtal ; les limites de prédication et des quêtes ; les premiers testaments. Labours, semailles et moissons : conscients de l’importance de ces documents face à la pauvreté générale de la documentation mendiante conservée, nous tenterons de les exploiter dans des études historiques annexes à ces éditions, qu’il s’agisse de reprendre le problème des fondations de couvents mendiants dans le sud de la France29, les interrogations lancinantes s’agissant des limites de quête et de prédication30, voire même sur l’économie des mendiants31.

Au-delà de ces approches communes, chacun de nous s’attachera à approfondir ses recherches personnelles : C. Gadrat s’attachera tout particulièrement à cerner, au travers de ces sources, l’importance de l’acquisition et de la possession de livres par les dominicains de Rodez. Si nous partageons, quoiqu’en le nuançant, le pessimisme de J.-L. Lemaître à propos du faible nombre de manuscrits méridionaux conservés32, les documents d’archives nous permettent en revanche d’éclairer l’histoire de la bibliothèque conventuelle de 1361 (don d’une vingtaine de livres par le prieur provincial Petrus de Maricalmo)33 à 1792 (inventaire révolutionnaire)34, par toute une série de mentions de dons, d’inventaires modernes du couvent et de listes. Chacun de ces documents ne nous donne qu’une vision partielle de la bibliothèque conventuelle, mais, rassemblés, ils permettent d’appréhender la composition et les voies d’acquisition de la bibliothèque d’un couvent de taille moyenne, catégorie pour laquelle on dispose encore de très peu d’informations pour la France.

Quant à P. Bertrand, il étudiera la production et la conservation des documents d’archives du couvent des dominicains de Rodez au bas Moyen Âge, dans la suite des études qu’il mène actuellement sur cette « nouvelle diplomatique » tardo-médiévale.

Au sortir de cette première présentation, il reste bien du travail. Il fallait planter des jalons, faire part de notre indicible bonheur, celui que nous avons vécu et celui que nous allons vivre encore face à ces pièces de parchemin et de papier… « de ces feuillets, défroissés, répandus, il semble que s’exhale dans le silence le parfum de vies depuis longtemps éteintes »35. Il n’y a guère d’autres façons de faire de l’histoire.

 


1  G. Lagarde, « Les sources de l’histoire des ordres mendiants conservées aux Archives nationales », Annales. ESC, t. 25, 1970, p. 947-953.

2  W. Simons, Stad en apostolaat. De vestiging van de bedelorden in het graafschap Vlaanderen (ca. 1225-ca. 1350), Bruxelles, 1987 (Verhandelingen van de Koninklijke academie voor wetenschappen, letteren en schone kunsten van België, Klasse der letteren, Jaarg. 49, Nr 121), p. 14-21 ; N. Gilbert, « Franciscains et clarisses en Roussillon. Sources archivistiques », dans Sainte Claire en Languedoc-Roussillon. Conférences des colloques org. par le Musée Saint-Jacques de Béziers (5 mars 1994), les Archives dép. des Pyrénées-Orientales (7 oct. 1994), les Archives dép. de l’Hérault (4 févr. 1995), M.-É. Bréjon de Lavergnée, C. Lapeyre, J. Le Pottier, M. Sainte-Marie éds., Nantes, 1995, p. 63-72.

3  L. Valls, « La série H du département de l’Hérault (Fonds du clergé régulier avant 1789) », ibid., p. 49-61, ici p. 54-55. On pourrait encore citer le constat dépité de M.-H. Blaquière, « Documents dominicains aux archives de la Haute-Garonne », dans Saint Dominique en Languedoc, Toulouse, 1966 (Cahiers de Fanjeaux, 1), p. 167-169.

4  Mis à part quelques beaux exemples du nord de l’Europe, comme à Bâle (B. Neidiger, Mendikanten zwischen Ordensideal und städtischer Realität. Untersuchungen zum wirtschaftlichen Verhalten der Bettelorden in Basel, Berlin, 1981 [Berliner historische Studien, 5, Ordensstudien III]) ou à Liège (cf. P. Bertrand, Commerce avec dame pauvreté. Structures et fonctions des couvents mendiants à Liège, xiiie-xive s., Liège, 2004 (Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège, 285))…

5  C. Gadrat, « L’érudition dominicaine au xviie et au début du xviiie siècle : André de Saint-Géry et l’histoire du couvent de Rodez », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 161, 2003, p. 645-652.

6  P. Lançon, Les Dominicains à Rodez au xviie siècle, mémoire de maîtrise, dir. Janine Garrisson, Université Toulouse-Le Mirail, 1983 ; Les Dominicains en Rouergue [catalogue d’exposition des Archives départementales de l’Aveyron], Rodez, 1994.

7  R. W. Emery, The Friars in Medieval France : a catalogue of french mendicant convents, 1200-1550, New York-Londres, 1962, p. 33 ; M.-H. Vicaire, « Le développement de la province dominicaine de Provence (1215-1295) », dans Les mendiants en pays d’Oc au xiiie siècle, Toulouse, 1973 (Cahiers de Fanjeaux, 8), p. 35-77, à la p. 58 ; C. Douais, Acta capitulorum provincialium ordinis fratrum Praedicatorum (1239-1302), Toulouse, 1894, p. 269 et 279 ; Bernardus Guidonis, De fundatione et prioribus conventuum provinciarum Tolosanae et Provinciae ordinis Praedicatorum, éd. P. A. Amargier, Rome, 1961, p. 210.

8  P. Amargier, « Panorama geografico, cronologico e statistico sulla distribuzione degli Studia degli ordini mendicanti – Francia meridionale », dans Le scuole degli ordini mendicanti (secoli xiii-xiv), Todi, 1978, p. 35-48, à la p. 44.

9  Rodez, Archives départementales de l’Aveyron [désormais abrégées : ADAveyron], 11 H 26.

10 Rodez, ADAveyron, 11 H 4.

11 Rodez, ADAveyron, 11 H 85.

12 L’ensemble du fonds a été balayé une première fois afin d’en saisir les grands traits et d’en dégager les richesses essentielles, mais un second passage s’avère nécessaire pour tendre à une connaissance exhaustive de la documentation disponible et à un recensement complet des pièces médiévales. Certaines chartes nous ont échappé à l’heure où cet état des lieux est rédigé : nous en aurons pris connaissance au début de l’année 2005.

13 Rodez, ADAveyron, 11 H 2.

14 Rodez, ADAveyron, 11 H 1. Voir J.-L. Lemaitre, Répertoire des documents nécrologiques français, ici t. 2, Paris, 1980 (Recueil des historiens de la France, obituaires, VII), n° 2617 [cité ensuite : Lemaitre, 2617].

15 Rodez, ADAveyron, 11 H 14.

16 Rodez, ADAveyron, 11 H 97.

17 Rodez, ADAveyron, 11 H 4, 5, 7, 13, 16, 20…

18 Rodez, ADAveyron, 11 H 85.

19 Rodez, ADAveyron, 11 H 87.

20 Rodez, ADAveyron, 11 H 91.

21 Rodez, ADAveyron, 11 H 92.

22 Rodez, ADAveyon, 11 H 95, 96.

23 Rodez, ADAveyron, 11 H 98, 99

24 Rodez, ADAveyron, 11 H 106, 165, 209, 211, 266 ou 267, par ex. Voir Lemaitre, 2618, nota.

25 Rodez, ADAveyron, 11 H 90.

26 Rodez, ADAveyon, 11 H 10 et 11 : Lemaitre, 2615-2616. On notera l’étude que J.-L. Lemaitre a déjà consacrée aux obituaires des franciscains de Rodez : J.-L. Lemaitre, « L’‘obituaire’ des Cordeliers de Rodez, dans Sainte Claire en Rouergue. VIIIe Centenaire de sainte Claire. Présence franciscaine et clarisse en Rouergue. Conférences du colloque de Millau, 29 sept.-3 oct. 1993, Millau, 1994, p. 82-90.

27 Avec cependant des résultats de quêtes : Rodez, ADAveyron, 11H29. Voir aussi ibid., 11 H 30, 33, 34, 35, 36, 37, 38…

28 Rodez, ADAveyron, 11 H 80. Voir aussi 11 H 81 à 84.

29 Voir par exemple les remarques de G. Paloc, « Les frères Prêcheurs et la ville : l’exemple de Millau », dans L’ordre des Prêcheurs et son histoire en France méridionale, Toulouse, 2001 (Cahiers de Fanjeaux, 36), p. 81-98, sur la fondation mouvementée du couvent dominicain de Millau, face aux consuls récalcitrants.

30 P. Bertrand et L. Viallet, « La quête mendiante. Espace, pastorale, réseaux », à paraître dans L’Historien en quête d’espaces : dimension spatiale et analyse historique. Actes du colloque de Clermont-Ferrand, 13-15 mai 2002, sous presse.

31 Cf. le colloque « L’economia dei conventi dei frati Minori e Predicatori fino alla metà del Trecento », qui s’est tenu à Assise du 9 au 11 octobre 2003, mais aussi les travaux du groupe « économie des ordres mendiants » dirigé par N. Bériou et J. Chiffoleau. Pour une comparaison avec les mendiants du Nord, voir P. Bertrand, Commerce avec dame Pauvreté, op. cit. note 4.

32 J.-L. Lemaitre, « Les catalogues médiévaux et le pillage des bibliothèques languedociennes », dans Livres et bibliothèques, xiiie-xve siècle, Toulouse, 1996 (Cahiers de Fanjeaux, 31), p. 19-57, notamment p. 25. Cependant, quatre manuscrits médiévaux de la Bibliothèque municipale de Rodez au moins peuvent être rattachés, avec certitude ou forte présomption, au couvent dominicain, tandis qu’un manuscrit se trouve à la Bibliothèque municipale de Toulouse et deux autres à Rome, aux Archives générales de l’ordre dominicain (couvent Sainte-Sabine).

33 Rodez, ADAveyron, 11 H 85.

34 Rodez, ADAveyron, 1 L 1973.

35 G. Duby, L’histoire continue, Paris, 1991, p. 35.