Les institutions religieuses apparaissent étroitement liées aux écrits qu’elles produisent ou qu’elles conservent. Comme l’a souligné Brian Stock, ces communautés se définissent comme telles et s’inscrivent dans la durée parce qu’elles sont « textual communities », pourvues d’écrits qui font référence commune ; des écrits qui leur servent à retracer leur histoire, forger leur identité, souder leur unité, construire leur image, mais aussi administrer leurs biens et leurs affaires.
En fait, au fil des recherhces menées à l’IRHT, nous ne cessons de croiser les communautés religieuses de diverses confessions, en Orient comme en Occident, sur les deux rives de la Méditerranée : détentrices de bibliothèques, productrices de manuscrits dans leurs scriptoria, jouant un rôle fondamental dans l’enseignement — écoles monastiques, canoniales comme celle de Saint-Victor, cathédrales, universités où rayonnent les Ordres mendiants —, respirant au rythme de la liturgie et du chant, composant et diffusant une littérature historiographique ou spirituelle, au sein de laquelle nous avons accordé une attention particulière à l’hagiographie, transmettant les savoirs, édictant leurs normes, gérant leur temporel par un recours massif à l’écrit.
Il nous a néanmoins paru utile de présenter de manière spécifique certains programmes qui ne se contentent pas d’exploiter les fruits écrits des institutions religieuses, mais qui les placent au centre de leur attention comme « unités de production » textuelles, dans une optique qui ressortit non seulement à l’histoire religieuse, mais à l’histoire culturelle et sociale : au haut Moyen Âge, avec diverses expériences monastiques occidentales ou orientales, et jusqu’au temps de la réforme grégorienne ; au temps de l’émergence des Ordres mendiants et jusqu’à « l’ère du soupçon » avec des formes plus interlopes de vie religieuse.