Table ronde organisée par la Section de diplomatique de l’IRHT et par le SFB 537 de la Technische Universität Dresden.
Cette table ronde entend relancer l’étude de l’insertion d’éléments narratifs dans les textes diplomatiques. Il s’agira de poursuivre la réflexion : certains textes diplomatiques peuvent-ils acquérir des fonctions narratives ? Si oui, dans quel but ? Le narratif cautionne-t-il le diplomatique ou serait-ce plutôt l’inverse ?
La table ronde se déroulera vendredi 30 janvier 2004 à partir de 14h, et samedi 31 janvier à partir de 9h.
Entrée libre.
L’étude des textes para-diplomatiques, que l’on pourrait appeler aussi textes semi-diplomatiques est novatrice. Certes, quelques diplomatistes ont déjà abordé le principe des actes diplomatiques « narratifs », comme d’autres ont déjà touché de près ou de loin au problème des prologues de cartulaire…1 Mais ici l’objectif et les modalités d’action sont différents. Il ne s’agit pas d’étudier, à la manière des historiens de la littérature, des éléments de narration inclus dans un texte diplomatique, mais bien le contraire et autrement : étudier d’abord l’insertion, l’utilisation de textes diplomatiques dans des oeuvres à vocation « narrative ». Voire mieux : la fabrication et l’utilisation de pièces diplomatiques dotées dès le départ d’une fonction (et pas nécessairement d’une forme) narrative. Il y a là un terrain de recherche que d’aucuns ont déjà approché sans jamais se risquer à le théoriser plus largement.
Et pourtant : des gesta episcoporum ou abbatum farcies de textes diplomatiques, des vies de saints s’appuyant sur des actes vrais ou faux, des cartulaires-chroniques… voilà des sources volontairement hybrides.2. Pourquoi ? Qu’a-t-on voulu donner comme sens à ces textes diplomatiques ? L’importance du « vrai » ou du « faux » est mise en évidence ici : la création, l’insertion et l’utilisation d’actes considérés comme faux dans des oeuvres narratives est-elle consciente ? Y injecte-t-on plus facilement du faux que du vrai Et, en définitive, le contexte « narratif » donne-t-il plus de crédibilité aux textes diplomatiques ?
D’autres formes de rapport au narratif existent, plus complexes : ces cartulaires dont les pièces liminaires sont des actes fondateurs, en guise de prologue ou encore ces actes faux, rattachés à la personne d’un saint ou d’une sainte (à l’instar des « testaments de sainte Aldegonde », exemple connu du Nord de la France 3), témoignant un caractère autant hagiographique que diplomatique. Mais peut-on « convertir » des textes diplomatiques en textes aux fonctions clairement narratives ? Pourquoi, dans quel but ? Lequel justifie l’autre : le narratif cautionne-t-il le diplomatique ou serait-ce plutôt l’inverse : les actes n’imposeraient-ils pas leur auctoritas aux textes narratifs, comme l’impression s’en dégageait jusqu’ici au fil de l’historiographie ? 4
La réflexion peut se poursuivre encore plus avant. En effet, à la prise en compte de ces questions, à la lumière des réponses à venir, une nouvelle étude de l’insertion de « principes » narratifs dans les textes diplomatiques se déduit nécessairement. En effet, on l’a expliqué plus haut, jusqu’ici, les conséquences de cette étude paraissaient très évidentes au premier regard parce que déformées par les historiens de la littérature qui s’en étaient emparés, plus enclins à encenser le texte narratif « libre » au mépris du texte diplomatique « formalisé », valorisant un peu partialement l’intérêt esthétique ou l’apparente richesse du contenu du discours. Cette vision est remise en question. L’insertion de modules narratifs dans les actes a-t-elle seulement une fonction d’exposition plus claire des faits ? Une fonction esthétique ? Une fonction de mémoire ou une fonction juridique ?
Ces documents hybrides font-ils oeuvre de mémoire ou œuvre de droit ? Sont-ils là pour construire la mémoire d’une institution ou pour justifier un présent et un avenir face aux conflits et aux crises d’une époque procédurière ? De l’histoire des institutions à la question fondamentale de la foi en l’acte : les problèmes posés par ce brutal mais nécessaire décloisonnement des sources sont essentiels.
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