Le Moyen Âge demeure une période singulièrement silencieuse, comme d’ailleurs toutes les périodes anciennes. On connaît les mondes médiévaux par les textes, les monuments et quelques images, mais pas par les sons, sinon peut-être quelques cris rituels qui ont traversé les âges et se sont folklorisés. La question du « paysage sonore », qui, ces dernières années, a beaucoup intéressé les historiens des périodes moderne et contemporaine, à la suite d’Alain Corbin, n’a guère retenu l’intérêt des médiévistes. Les synthèses générales sur le paysage sonore intègrent le Moyen Âge à une sorte de vaste préhistoire de la problématique : on imagine les bruits et les cris, mais on ne les étudie pas, faute de matière, et c’est ainsi qu’une chape d’obscurité sonore retombe sur le Moyen Âge.